- Si c’est aussi stimulant que ça l’université, va falloir me pluguer sur respirateur artificiel bien vite…
- Moi, j’pensais que l’université, c’était supposer être les plus belles années de notre vie, qu’on était supposer de déconner tout le temps pis de partir sur la brosse à tous les soirs…
- C’est ce qu’on m’avait dit aussi, mais oublie ça, j’ai ben trop de job à faire…
- J’aime ben mieux rester chez nous à fumer et à déconner tout seul, que de déconner avec les cons de l’université … C’est tous des cons…
- C’est peut-être ça le problème, les gens sont trop cons pour nous.
- Ou on est peut-être tellement con qu’on ne s’en rend plus compte, pis que c’est eux qui nous torchent avec leurs réflexions contemplatives sur tout. J’ai toujours pensé que les autres pouvaient peut-être avoir de quoi nous surprendre… [air dubitatif]
- Sûrement qu’en philo y’a des gens à qui ça arrive de pas être totalement crétin.
- Si tout ce qu’ils font c’est réfléchir sur la vie, ils doivent bien avoir des éclairs d’intelligence de temps en temps.
- En philo, c’est tous des ostie de trous. Ils sont pas capables de réfléchir sur la vie, fait’que ils se sentent obligés de justifier chaque mot pompeux qu’ils disent dans leurs disserts avec des argumentations à n’en plus finir pis des théories nietzschéennes. Je philosophe mieux que ça en bavant sur mon oreiller pendant que j’dort… Pis mes cernes de bave feraient de meilleures disserts …
[Pause]
- Savez-vous ce que j’en pense moi de la vie?
- Conte-nous ça…
- J’pense que si t’es trop entêté, borné pis lâche pour abandonner ton existence merdique pis faire de quoi qui t’allume vraiment, ben t’as aucun droit de te lamenter sur la vie.
- Donc tu penses que t’as aucun droit de t’lamenter sur ta vie…?
- C’est ce que tu penses de ta vie ou de la vie en générale?
- C’est ce que je pense de nos vies, en général…
[Pause]
- Moi, j’me plains pas de ma vie, j’me plains de l’existence des autres…
- De la vie des autres?
- Non, que les autres existent. [Jette son mégot de cigarette par terre] Anyway, je retourne à mon cours.
- Ouais, j’vais retourner au mien aussi…
- Bah, allez-y, j’pense que j’y retournerai pas. Chan, tu me diras ce que vous avez fait pendant le cours.
- Ok, ouais.
***************
- J’ai rencontré une fille hier au bar, elle était cool je pense, on a parlé un peu, de littérature pis de musique. Elle aime Jack Kerouac et Pink Floyd… peut-être que ça va aboutir à quelque chose…
- Depuis quand aimer Jack Kerouac et Pink Floyd c’est un critère pour être cool?
- Ben au moins elle n’aime pas la même merde populaire que tout le monde aime.
- Et depuis quand les gens qui se démarque un peu du lot sont tous tes amis?
- Je sais pas, je nous cherche des points en commun…
- Bon ok, alors, depuis quand est-ce que tu aimes Jack Kerouac et Pink Floyd?
- Pink Floyd tout le monde aime ça…
- And what’s with Jack?
- Ben… c’est mieux que Stephen King…
- C’est quand même rien qu’un sale beatnik perdu dans sa tête.
- C’est ce que t’es aussi, pis je t’apprécie quand même
- Jack Kerouac était moins dopé que moi, j’ai un avantage. Et je suis pas un merdeux de beatnik. On est plus dans les 60s, mec. Les beatniks se sont noyés dans ce marais boueux infesté d’herpès que fût Woodstock ’69. Et ceux qui savaient nager, ont flushé leurs idéaux de rêveurs brûlés à l’acide, coupé leurs touffes corporelles puantes et investi dans des compagnies pétrolières dès que le chiffre 7 est revenu à la mode sur les calendriers… ‘apprécie’ t’as dit?
- Et le vieux bouc qui empeste la liberté, qui se balade en Westfalia et qui passe sa vie au Bookshop en bas de la rue lui? … ouais, ‘apprécie’
- C’est un riche investisseur texan. Je t’apprécie aussi mon frère.
- Je te la présenterai. Je l’ai invité à la soirée chez Chan de demain.
- Tu prends beaucoup de liberté je trouve; inviter une inconnue beatnik à notre distingué cercle littéraire. J’espère qu’elle va se laver avant de venir. Pis raser ses jambes poilues de hippie.
- T’es un crétin. Elle écrit aussi, je lui ai dit d’emmener de ses compositions
- Si c’est pissant de rire, me permets-tu de pisser et d’en rire? Même si c’est l’amour de ta vie?
- J’aimerais mieux pas.
- Si elle peut me pisser dessus en retour?
- Je ne pense pas qu’elle acceptera.
- C’est notre club sélect, elle devra se conformer à nos règles!
- Je n’ai pas souvenir d’avoir établi de règle qui parlait de PISSER!
- Arrête de parler de pisse mec, ça devient vulgaire. On est plus distingués que cela
- Tout compte fait je ne te la présenterai peut-être pas…
Tags : beatniks
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